Une révision constitutionnelle majeure votée dans la nuit du 14 au 15 novembre 2025
Cotonou — Dans une session nocturne particulièrement attendue, l’Assemblée nationale béninoise a adopté, dans la nuit du vendredi 14 au samedi 15 novembre 2025, une révision constitutionnelle de grande ampleur.
Au total, 90 députés ont voté pour, tandis que 19 se sont prononcés contre, ouvrant la voie à l’installation d’un Parlement bicaméral et à un allongement du mandat présidentiel.
Cette réforme, introduite par deux députés proches de la coalition au pouvoir, constitue l’un des plus importants tournants institutionnels du Bénin depuis l’adoption de la Constitution de 1990.
Un Sénat pour “réguler la vie politique”
Le texte adopté instaure désormais un Parlement à deux chambres :
- l’Assemblée nationale,
- et le Sénat, nouvelle institution décrite comme un organe de “régulation de la vie politique”, chargé de veiller à l’unité nationale, la sécurité publique et la paix.
Selon la révision, toutes les lois votées par l’Assemblée seront transmises simultanément au Président de la République et au Président du Sénat, ce qui renforce le rôle de la nouvelle chambre haute dans le processus législatif.
La mise en place du Sénat était déjà évoquée depuis plusieurs années au Bénin, mais elle n’avait jamais franchi l’étape parlementaire. La majorité présidentielle considère désormais qu’il s’agit d’un “instrument de stabilité institutionnelle”.
Le mandat présidentiel passe de cinq à sept ans
L’autre volet majeur de la réforme concerne la durée des mandats électifs.
- Le mandat présidentiel passe de cinq à sept ans, renouvelable une seule fois.
- La révision ajoute explicitement que nul ne peut, de sa vie, exercer plus de deux mandats.
Cette précision vise à verrouiller toute tentative de prolongation ou de modification ultérieure du nombre de mandats, une question sensible dans la région ouest-africaine où les révisions constitutionnelles demeurent un sujet de crispation politique.
Les mandats des députés et des élus locaux sont eux aussi portés de cinq à sept ans renouvelables.
Étape suivante : le contrôle de constitutionnalité
Après le vote parlementaire, le président Patrice Talon transmettra le texte à la Cour constitutionnelle pour un examen de conformité.
Si la Cour valide la réforme, le chef de l’État pourra alors promulguer la nouvelle loi fondamentale.
Cette dernière étape est cruciale : la Cour constitutionnelle béninoise, souvent considérée comme influente, devra se prononcer sur les implications juridiques et la cohérence institutionnelle de la réforme.
Un tournant institutionnel majeur
Cette révision soulève plusieurs enjeux essentiels pour l’avenir politique du Bénin :
- Stabilité ou concentration du pouvoir ?
Les partisans affirment qu’un Sénat et des mandats plus longs renforceront la cohérence institutionnelle et permettront des politiques publiques de long terme. - Débat démocratique
Les opposants dénoncent une réforme qui modifie en profondeur l’équilibre politique, au risque d’élargir encore l’influence de l’exécutif. - Contextes régionaux
Cette décision intervient dans un climat ouest-africain marqué par des débats récurrents sur la limitation des mandats, la gouvernance et les révisions constitutionnelles.
Quelle que soit l’issue de la décision de la Cour constitutionnelle, le Bénin entre dans une nouvelle phase politique, où le paysage institutionnel sera profondément remodelé.

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